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Lutter contre les stéréotypes néfastes pour améliorer la santé mentale des vétérans

Pour beaucoup de vétérans des Forces armées canadiennes, le service militaire est le plus beau moment de la vie : forme physique à son meilleur, esprit de camaraderie et de solidarité, et rôle significatif pour chaque personne. Pour servir et protéger son pays, il faut se sentir profondément investi d’une mission, qui repose sur un code militaire du devoir, de la fierté et de l’honneur, code qui n’est pas toujours facile à comprendre pour les civils.

La libération du service peut être tout un bouleversement pour un vétéran, qui perçoit parfois la société civile comme étant négligée et indifférente, une situation pouvant compliquer les liens sociaux : selon une étude, un tiers des vétérans canadiens reçoivent peu de soutien social après leur libération, ce qui peut être source de solitude, d’isolement, et de problèmes psychologiques.

D’après une grande enquête menée par Anciens Combattants Canada, 24 % des vétérans de la force régulière ont une maladie mentale diagnostiquée telle que l’anxiété, la dépression ou le trouble de stress post-traumatique. Même si le suicide reste rare chez les vétérans, un autre rapport publié cette année indique que ceux-ci ont 40 % plus de risques de mourir du suicide que les non-vétérans.

Fait important, la santé mentale et l’intégration sociale des vétérans souffrent des stéréotypes néfastes reposant sur la crainte infondée qu’un vétéran représenterait une menace pour la population, capable de « disjoncter » à n’importe quel moment. Aux États-Unis, dans une première étude, les vétérans ont déclaré que les gens les considèrent souvent comme « fous », « dangereux » ou « violents », et dans une deuxième étude, on a constaté que les recruteurs ont souvent des stéréotypes négatifs envers les vétérans, qu’ils trouvent « aigris », « en colère » ou « renfermés ».

D’après une étude, Hollywood a tendance à nourrir l’imaginaire collectif de ces stéréotypes, avec les films de type Rambo, où la représentation des vétérans est déséquilibrée et unidimensionnelle, ce qui peut causer une méfiance et des craintes non fondées à l’égard des vétérans. Il est impératif de lutter contre ce type de stéréotypes, et dans cette lutte, le journalisme responsable peut jouer un rôle de premier plan en décrivant les vétérans avec justesse, fidélité et équilibre.

Mais d’après certaines études, le journalisme peut aussi alimenter ces stéréotypes nuisibles. Selon un rapport, les médias américains dépeignent souvent les vétérans en des termes peu flatteurs, les qualifiant de « bombes à retardement » ou de personnes « brisées et instables », et font rarement de reportages positifs et complets à leur sujet. Devant cette situation, la US National Veteran Foundation a déclaré que « les grands coupables des stéréotypes négatifs sur les vétérans, ce sont les médias ».

Jusqu’ici, les études sur la couverture médiatique des vétérans nous viennent pour la plupart des États-Unis et brillent par leur absence au Canada. Cela dit, le ministère de la Défense nationale et Anciens Combattants Canada déclarent dans leur Stratégie conjointe de prévention du suicide qu’il est souhaitable d’« assurer une couverture médiatique responsable des suicides » des vétérans.

Dans cette optique, le Centre d’excellence sur le TSPT et les états de santé mentale connexes a récemment commandé un projet de recherche de deux ans, dirigé par Rob Whitley de l’Université McGill, visant à analyser le ton et la teneur de la couverture médiatique des vétérans au Canada. Ce projet comprendra une étude des tendances générales des reportages et une enquête sur les différences de couverture selon plusieurs facteurs, dont l’âge, le genre et le théâtre d’opérations. L’équipe du projet est constituée de vétérans, de membres de la famille de vétérans, de journalistes et de chercheurs, qui travailleront en collaboration.

Le but ultime de ce projet est de produire des ressources pédagogiques qui aideront les journalistes à faire des reportages complets et responsables sur les vétérans, en dépassant les stéréotypes pour relater leurs expériences dans toute leur diversité. Nous comptons en effet diffuser les résultats de l’étude et les ressources dans les écoles de journalisme, les salles de presse et les organes de presse partout au Canada.

Nous avons tous un rôle à jouer pour promouvoir la santé mentale et l’intégration sociale des vétérans, y compris les journalistes et les médias qui, en leur qualité de composantes essentielles de la société civile, peuvent favoriser l’instauration d’une culture d’inclusion, d’appréciation et de compréhension envers eux, et lutter ainsi contre les stéréotypes hollywoodiens qui entretiennent la peur et la méfiance à leur égard.

Nous pouvons ainsi améliorer la santé mentale des vétérans et rendre ce pays véritablement digne de ses héros. Ne les oublions pas.

Robert Whitley est professeur agrégé de psychiatrie de l’Université McGill et chercheur au Centre de recherche Douglas. 514-761-6131

Brian McKenna est adjudant à la retraite et conseiller pour le Centre d’excellence sur le TSPT et les états de santé mentale connexes. 778‑592‑4888